Intervention du Ministre des Affaires étrangères de l’Arménie Ararat Mirzoyan A l’occasion du 4ème Forum global "Contre le crime de génocide"

12 décembre, 2022

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Chers invités,

Mesdames et Messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue à Erevan, au 4ème Forum global "Contre le crime de génocide", consacré cette année à la prévention des génocides à l’ère des nouvelles technologies. Le Forum global régulier initié par l’Arménie devait se tenir en décembre 2020, mais malheureusement il a été impossible de l’organiser non seulement en raison de la pandémie, mais avant tout à cause de la guerre déclenchée par l’Azerbaïdjan contre le peuple du Haut-Karabagh.

Les conséquences de cette guerre agressive n'ont pas été surmontées à ce jour. En plus, en mai et novembre de l’année dernière et les 13 et 14 septembre de cette année, le territoire souverain de l’Arménie a été attaqué par l’Azerbaïdjan, entraînant de graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire, y compris le droit à la vie, l’interdiction de la torture, le droit à la propriété, le traitement des prisonniers de guerre.

Le peuple arménien a fait face à de nouvelles menaces de sécurité qui n'ont pas été éliminées jusqu'à présent. Cette situation est le résultat d’un long processus, lorsque la propagation d'une haine extrême à l’encontre des arméniens, le développement constant des capacités militaires se sont finalement transformés en recours à la force.

Il convient de noter que l’approche du traitement des questions de politique étrangère par le recours à la force, qui se manifeste par le déclenchement de nouvelles guerres et conflits partout dans différentes parties du monde, indique la crise du système de sécurité mondiale. Il est clair que la force a toujours été un facteur important dans les relations internationales, mais aucun système international ne peut être uniquement fondé sur le principe du "plus fort fait le droit", car pour chaque fort, il y en a un encore plus fort et même une guerre éternelle ne peut révéler le juste équilibre des forces.

Sans normes universelles de coexistence pacifique et de droit international, sans lignes rouges qui ne se prêtent pas à deux poids deux mesures, le monde ne peut retrouver la paix et le développement. Il est également évident qu’après la crise actuelle du multilatéralisme, nous devons redéfinir les relations internationales et retrouver un nouveau consensus pour la coexistence des peuples. Aujourd'hui, il est difficile de prédire tous les éléments de ce consensus international, mais il est évident que l’inadmissibilité et la prévention des génocides, du nettoyage ethnique, de la discrimination et de la haine religieuse et nationale, ainsi que la protection des droits de l’homme, y compris des droits collectifs, devraient devenir l’un des piliers de ce consensus.

Un individu, tout comme une nation, ont le droit à la vie, à la sécurité, à une vie en sécurité au sens direct du terme, au contrôle de leur propre destin, et personne, aucun pouvoir ne peut les priver de ces droits collectifs et naturels.

De ce point de vue, aujourd’hui et ici, les travaux de ce Forum, votre présence, la génération de nouvelles idées concernant la prévention du génocide sont extrêmement importants.

Chers participants,

Au cours des deux dernières décennies, la communauté internationale, représentée par les Nations Unies, a fait un excellent travail pour créer de nouvelles capacités et de nouveaux mécanismes de prévention du génocide.

L’une des étapes importantes pour assurer la prévention du génocide est la création en 2004  du poste et du Bureau du Conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU sur cette question, qui a acquis une grande expérience au fil des années, et de nombreux documents élaborés par le Conseiller spécial sont devenus une directive en matière de la prévention du génocide pour les États membres de l’ONU. Nous remercions Madame Alice Wairimu Nderitu pour sa participation à cette conférence et pour sa coopération continue.

En ce qui concerne les structures impliquées dans la prévention des génocides, je tiens à souligner que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU joue un rôle important dans ce dossier. Je suis heureux de constater que le Président du Conseil, le Représentant permanent de l'Argentine auprès de l'Office des Nations Unies à Genève, l’Ambassadeur Federico Villegas est parmi nous aujourd’hui.

Je considère également important le travail d’autres organes des Nations Unies, y compris les procédures spéciales, les mécanismes d’enquête indépendants et les organes de traités.

Je voudrais souligner le rôle de la résolution sur la prévention du génocide initiée par l'Arménie et présentée tous les deux ans dans le cadre du Conseil des droits de l’homme. La résolution apporte une contribution significative à la garantie de l'applicabilité des dispositions de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide et à la formation du cadre normatif pertinent. Il s’agit d’un plan d’action unique qui définit les prochaines étapes, les objectifs et les mesures à prendre à cet égard, tout en attirant l’attention sur les risques et les défis. La résolution adoptée en mars 2022 incluait parmi ces défis l’utilisation de nouvelles technologies et les risques associés.

Le Conseil de sécurité de l’ONU occupe une place spéciale dans l’agenda de prévention, car l’application des mesures précoces et efficaces par cette instance peut créer une possibilité viable pour la prévention les génocides.

Je dois également mentionner que l’Action mondiale contre les atrocités de masse (GAAMAC), à laquelle l’Arménie a adhéré en tant que pays partenaire, est un format de coopération très efficace. GAAMAC, représentée par sa présidente Mme Silvia Fernández de Gurmendi, également parmi nous aujourd’hui, est une plate-forme d’États, d’ONG et d’institutions académiques engagés dans la prévention des crimes de masse.

J'exprime également ma gratitude particulière à notre partenaire permanent, l’Association internationale des chercheurs sur le génocide, pour sa participation active aux travaux du Forum Global et son soutien continu.

Chers collègues,

Le XXI siècle et le développement des technologies de l’information ne pouvaient manquer d’affecter l'agenda de prévention du génocide. Aujourd’hui, nous constatons l’apparition de nouveaux défis et de nouveaux instruments pour faire progresser le programme de prévention des génocides. Dans le cadre des travaux de ce Forum, je vous invite tous à discuter des mécanismes efficaces pour lutter contre l’abus des nouveaux instruments actuels, ainsi qu’à exploiter leurs avantages.

En conclusion, je vous souhaite un échange d’idées intéressant et efficace. Et qu’il n’y ait plus jamais sur notre planète de nations qui feront face à la tragédie du génocide.


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